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11 mars 2007 at 15 h 44 min

La toponymie est la science qui étudie les noms de lieux (toponymes). Elle consiste à rechercher l’étymologie, la signification des noms propres de villages, villes, lieux dits. Elle permet également d’étudier les transformations subies par ces noms au fil des siècles.

De nombreux villages, lieux dits, portent en France des noms dérivés du mot caille. Les apparences sont souvent trompeuses, et il n’y pas forcément de rapport avec notre volatile.

Un des exemples les plus connus est sans doute la célèbre Butte aux cailles, située sur le 13eme arrondissement à Paris.

La Butte aux Cailles

La butte aux cailles, dans le 13eme arrondissement à Paris

Cette colline doit en réalité son nom à Pierre Caille, qui en fit l’acquisition en 1543. Son fils clément continua par la suite à agrandir le domaine, en faisant l’achat d’autres terrains. Au fil des siècles, cela devint « la butte de la caille », puis « la butte caille », et encore aujourd’hui « la butte aux cailles ».

La petite ville de Boissy aux cailles (77) s’appelait jusqu’au 19eme siècle « Boissy le repos ». Les religieuses de Montmartre venaient en effet s’y reposer et y faire « bonne chaire et bon repos ».

Vue générale de Boissy aux cailles

Vue Générale Boissy aux cailles

Le nom de Boissy aux cailles, adopté par la suite, provient du nom de «bois », et du terme local « cailles », qui est une construction effectuée à partir du mot cailloux.

méreville, les cailles

Lieu dit « Les cailles », à Méreville, 91

On retrouve assez souvent dans le nord de la France des toponymes de ce type qui font référence à des lieux caillouteux, et n’ont pas de rapport direct avec le volatile.
Le nom de l’appellation « Les cailles », située dans le vignoble de Bourgogne, à Nuits Saint Georges, est encore un exemple de construction réalisée à partir du mot « cailloux»

Le village d’Allonzier la caille à adopté son nom actuel depuis 1900. La référence à la caille proviendrait d’une ancienne auberge, depuis longtemps disparue, qui portait, semble t’il, une enseigne représentant l’oiseau.

allonzier, les ponts de la caille

Allonzier, Les ponts de la caille

Sur cette commune, on trouve également d’autres lieux dérivés du mot caille (et provenant toujours de cette même origine) : le pont de la caille, les bains de la caille (un ancien centre de cure thermales, aujourd’hui abandonné).

Les noms de certains lieux dérivent des noms de leurs anciens propriétaires : ainsi, « la caillerie » viendrait du nom de famille « cailler ».
« La caillaudière » est issue du nom de famille « Caillaud », lui-même dérivé de cailloux.

Autre cas, celui du village de caille dans les Alpes Maritimes (06), situé à une quarantaine de kilomètres de Grasse.

vue d'ensemble village de caille

Vue générale village de caille

Il doit son nom à la racine indo-européenne « cal » qui désignait un lieu surplombé d’un roc. Autre possibilité, une déformation à partir du provençal « calbô » (grossier, rugueux). Cela a été oublié, et progressivement, c’est le volatile qui a été associé au nom du village. En témoignent les sculptures représentant l’oiseau qui se situent à l’entrée de l’ancien presbytère du village, aujourd’hui transformé en Mairie.
A côté du village se situe la plaine de la caille (qui fait partie du domaine skiable d’une petite station implantée sur la commune).
Petite curiosité : sur cette commune à été retrouvé en 1828, la « caillite » un bloc de fer météorique de 625 kg, tombé il y a bien longtemps. Ce dernier est aujourd’hui exposé au Muséum d’Histoire Naturelles à Paris.

Le journal des chasseurs

11 mars 2007 at 15 h 44 min

Irès belle gravure en couleur éditée par « le journal des chasseurs » en juillet 1850 (signature de l’auteur illisible).

 journal des chasseurs

Les combats de cailles

11 mars 2007 at 15 h 44 min

Les cailles mâles sont des oiseaux particulièrement combattifs. Il suffit de les mettre en présence pour déclencher immédiatement un combat, qui peut aller jusqu’à la mort, si l’on ne sépare pas rapidement les deux oiseaux belligérants. L’aire de répartition de l’espèce étant particulièrement étendue (Europe, une grande partie de l’Asie, et de l’Afrique) cette aptitude naturelle à été très tôt constatée, puis détournée pour être transformée en divertissement dans de nombreux pays.
Aristophane déjà au Veme siècle avant JC écrit à propos d’enfants qui se disputent « ils sont querelleurs comme des cailles tenues en cage ». Dans l’antiquité (notamment à Naples et à Athènes)les combats de cailles sont très populaires et donnent lieu à des paris. Le Grammairien Julius Pollux mentionne au IIeme siècle Ap JC des éleveurs spécialisés dans l’élevage d’oiseaux de cailles de combat. Ces derniers étaient appelés en Grec « alektruonotrofo », ou « ortugotro », et « Avium Lanista » à Rome.

Avium Lanista

La gravure ci-dessus montre d’ailleurs deux oiseaux (des coqs) aux côtés de leurs souteneurs, représentés sous la forme de deux génies.
Les riches citoyens romains offraient parfois des cailles victorieuses, ce qui constituait un cadeau prestigieux. L’empereur Auguste aurait même puni de mort un préfet d’Egypte qui avait fait servir sur sa table une caille devenue célèbre pour avoir remporté de nombreux combats. De même, un athénien, nommé Poliarque, avait coutume de célébrer fastueusement les obsèques des oiseaux morts au combat, auxquels il érigeait des stèles afin de les honorer. Solon conseillait de montrer aux enfants des combats de cailles afin de les édifier. Le courage dont faisaient preuve ces oiseaux au combat était censé les inspirer.

combat de caille

Buffon, au 18eme siècle, rapporte que certains combats pouvaient même parfois opposer une caille et un homme: « La caille étant mise dans une grande caisse , au milieu d’un cercle qui étoit tracé sur le fond, l’homme lui frappoit la tête ou le bec avec un seul doigt, ou bien lui arrachoit quelques plumes: si la caille, en se défendant, ne sortoit point du cercle tracé, c’étoit son maître- qui gagnoit la gageure; mais si elle mettoit un pied hors de la circonférence, c’étoit son digue antagoniste qui étoit déclaré vainqueur, et les cailles qui avoient été souvent victorieuses, se vendoient fort cher. »
Plusieurs auteurs relèvent que les combats de cailles existaient encore dans de nombreux pays (dont l’Italie) au 19eme siècle.
Les combats de cailles semblent avoir été particulièrement populaires dans de nombreux pays asiatiques, et s’y sont maintenus très longtemps, comme le montrent les témoignages rapportés par de nombreux voyageurs.
C’est le cas en Afghanistan, dans ce récit tiré du « Voyage à Boukhara », d’Alexander Burnes (1834): « Arriva la saison des cailles, et alors tous ceux des habitants qui n’étaient pas retenus par des occupations plus importantes ne songèrent qu’à prendre vivants ces courageux petits oiseaux, pour les faire ensuite battre les uns contre les autres. Chaque matin, le chef réunissait dans sa cour un certain nombre de personnes, pour leur donner un spectacle de ce genre, et souvent, il nous invitait à y assister. Les hommes dans ces circonstances, ne nous amusaient pas moins que les cailles; car, si les oiseaux étaient les héros de la fête, il y avait plaisir à voir le chef, les serviteurs, les sujets, tous sur le pied d’une égalité parfaite. On apportait les combattants renfermés dans des sacs, puis on les excitait à se disputer du grain qu’on jetait entre eux. Dès qu’une des cailles ouvrait les ailes pour s’envoler, elle perdait tout son mérite et on la tuait sur-le-champ; mais il était rare qu’elles fissent une retraite précipitée. Rien n’égalait la passion des Afghans pour cette sorte de divertissement; et dans les rues on pouvait voir presque tous les gamins munis d’une caille et, de l’autre, les passants s’attrouper pour être témoin des combats burlesques qui se livraient. »
Oberthur mentionne que de tels combats sont également très prisés en Chine: « En Chine, où tous les jeux d’argent sont en honneur, on capture les cailles au printemps uniquement pour organiser des combats analogues aux combats de coqs, où l’on parie de fortes sommes. »
André Debourg rapporte le témoignage de soldats à leur retour d’Indochine vers 1950: « Des soldats rentrant de ce dernier pays m’ont rapporté que les combats de cailles y sont pratiqués couramment, comme le sont, dans le nord de la France, les combats de coqs, et connaissent le même succès du public. Certains indigènes parcourent les villes et louent leurs combattants aux tenanciers de diverses maisons de jeux ou engagent des paris dans des cafés ou sur les places publiques et tirent de cette activité des revenus fort substantiels. Certains « combattants » d’élite sont même parfois revendus à prix d’or à des loueurs de cailles ou à des organisateurs de combats! Il n’est pas rare de voir payer une caille de combat 100 000 anciens francs et plus. »

détail gravure canton barge men fighting quails

A noter que des pratiques similaires ont lieu en Inde, jusque dans les cours des Maharadjas ou l’on entraîne spécialement les oiseaux au combat.

https://www.facebook.com/reel/1981121385595449

Oiseau d’agrément

11 mars 2007 at 15 h 43 min

Il est amusant de constater que plusieurs auteurs grecs antiques mentionnent le grand intérêt que portaient les athéniens aux cailles domestiques. M.P Loicq-Berger, en annotation de sa traduction de Plutarque, fait état d’une véritable « ortygomanie » (littéralement: «folie des cailles ») qui ressort de plusieurs témoignages littéraires. Des chasseurs de cailles se chargeaient d’approvisionner des éleveurs. Platon y fait allusion (Euthydème, 290-d) : « Certainement, dit-il, et de même les généraux après qu’ils se sont rendus maîtres d’une place ou d’une armée, les abandonnent aux politiques, parce qu’ils ne savent pas comment user de ce qu’ils ont pris; justement comme les chasseurs de cailles abandonnent leur proie à ceux qui les nourrissent. »
Les cailles étaient appréciées, au même titre que les poules, pour leurs œufs. Les oiseaux élevés étaient soit abattus, soit utilisés pour des combats de cailles (également très à la mode). Les cailles faisaient également partie des oiseaux offerts en cadeau par les amants, en gage d’amour comme le montre cet extrait d’Aristophane « Les oiseaux », 707 : « Nombre de beaux garçons, qui avaient juré le contraire, au déclin de leur jeunesse, ont éprouvé notre puissance, et se sont prêtés à des amants qui offraient l’un une caille, l’autre un porphyrion, celui-ci une oie, celui-là un oiseau persique. »
Les cailles étaient des oiseaux familiers qui plaisaient aux femmes, et que l’on s’amusait à nourrir. Dans le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines (Daremberg et Saglio, p713 et 714) les auteurs précisent: « La perdrix et la caille, au contraire, se familiarisaient aisément. (…). Dans les peintures de vases qui représentent des femmes dans leur intérieur, on voit des perdrix ou des cailles familières enfermées dans des cages soit jouant en liberté, comme celle qui est représentée plus loin (fig. 847) perchée sur une chaise ou (fig. 841, ci dessous), picorant sous les tables pendant le repas. »
(ci dessous: objet exposé British muséum Londres représentant un homme avec une caille enfermée dans une cage sur ses genoux, ainsi que fig. 844 )

Oiseau en cage

On peut remarquer une erreur dans l’annotation de cette gravure improprement appelée « Grue et perdrix privée ». L’oiseau représenté debout sur sa chaise n’est pas une perdrix, mais une caille comme le suggèrent les proportions, mais aussi le dessin de l’oiseau qui est assez précis.

Grive et perdrix privée

Chat ,coq , perdrix dans une salle de festin

Les cailles étaient des oiseaux si familiers que l’on s’amusait parfois à les porter sur soi. Plutarque, dans sa « vie d’Alcibiade » (10-1 à 2) rapporte l’épisode suivant (Alcibiade est un homme d’état et un général Athénien ayant vécu de 450 à 404 av. JC): « Sa première apparition sur la scène publique date, dit-on, d’une donation volontaire impromptue. Alcibiade passait au moment où les Athéniens étaient en train de manifester bruyamment; il en demande la raison. Apprenant qu’il est question de contribution volontaire, il s’approche, fait un don, et le peuple d’applaudir en criant de joie. Alcibiade en oublie la caille qu’il tenait sous son manteau. L’oiseau prend peur, s’enfuit et les Athéniens de hurler plus fort ! Beaucoup se lèvent pour le prendre en chasse ; c’est Antiochos, le pilote, qui l’attrapa et le lui rendit ; aussi devint-il cher entre tous à Alcibiade. »
Platon, suite à cet épisode, raillera Alcibiade à propos de ses amusements frivoles, lui suggérant de prendre pour Modèle Midias, un éleveur de caille renommé de l’époque : (Platon, Alcibiade, 120 b) « Oh ! non, mon cher Alcibiade, les émules dignes de toi, c’est un Midias, si habile à nourrir des cailles, (…) ».
L’élevage des cailles, et leur détention comme oiseau d’agrément s’est perpétué au cours des siècles suivants.

 Antoine PESNE,1683 1757, portrait de jeune femme tenant une caille
Antoine PESNE (1683-1757), portrait de jeune femme tenant une caille
toile ovale 52×41.5cm

Cette habitude semble s’être largement perpétuée plus tard, au 19eme siècle,. Albert Mérat rédige en 1880 un poème intitulé « La caille » (Cf rubrique Chansons dictons et textes divers) dans lequel il décrit une caille emprisonnée dans une cage, comme oiseau d’agrément. Un autre auteur, Charles Jobey (« La chasse et la table ») fait allusion au fait que certains campagnards exilés à Paris conservent avec eux des cailles domestiques : « Il existe des gens, habitant au cinquième étage, dans les cours ou dans des rues sombres de Paris, et qui ont une caille accrochée à leur fenêtre. Apparemment que la compagnie de ce triste oiseau leur est agréable; que son chant monotone, strident, continuel, a du charme pour leurs oreilles. – Pauvres gens! il leur rappelle, sans doute, les coteaux, les vallons, les prairies, les blés verts du pays qu’ils ont quitté pour venir se corrompre et se perdre dans les vices et les misères de la grande ville. » Dans l’antiquité déjà, les matrones romaines plaçaient dans leur chambre des cages contenant des cailles. Les cailles étaient censées favoriser le sommeil et procurer des rêves agréables. Cette tradition semble avoir traversé le moyen âge, et s’être perpétuée jusqu’à l’époque moderne.
Eugéne Goussard, dans son livre « Souvenirs d’un garde chasse » raconte que les cailles sont des oiseaux dont l’élevage était à la fois facile et agréable: « Ce qui m’ennuyait beaucoup, c’était de les tuer car, au mois de novembre, à chaque chasse, il en fallait une vingtaine pour la cuisine. J’avais le cœur gros. Elles me connaissaient si bien. En arrivant, je les sifflais, elles allaient tranquillement -dans leur parquet et aussitôt que j’ouvrais leurs boîtes, se précipitaient pour aller manger et se pouillaient dans le sable sec. (…). Les cailles, toutes petites, viennent vers vous, tournent leur tête de côté et vous regardent avec leurs jolis yeux intelligents. J’en ai gardé souvent depuis, chez moi, dans une grande cage que j’avais fait faire spécialement pour cet usage (…).»

Les interprétations populaires du chant de la caille

11 mars 2007 at 15 h 42 min

Le chant de la caille à donné lieu à de multiples interprétations populaires. Il s’agissait d’essayer de retranscrire le cri de l’oiseau par des mots dotés d’une consonance assez semblable, en essayant par la même occasion de lui donner un sens cohérent.
Dans l’ouvrage « Souvenirs du vieux temps. Le Berry croyances et légendes » (édité en 1900) Laisnel de la Salle raconte quelques unes des interprétations populaires du chant de la caille:
« L’esprit éminemment observateur de nos paysans, joint à leur amour du merveilleux, les pousse sans cesse à étudier tous les phénomènes naturels qui s’accomplissent sous leurs yeux.
Il faut bien que le travail incessant auquel est assujetti leur corps ne nuise
aucunement à l’activité de leur pensée, car, astronomie, météorologie, médecine, botanique, ou sciences occultes, tout est de leur ressort.
Ils vont même jusqu’à s’occuper de l’interprétation du chant des oiseaux et des cris des quadrupèdes.
Voici de quelle manière ils traduisent le langage de quelques-uns des animaux avec lesquels ils sont le plus habituellement en relation. (…)
Au mois de mai, lorsque la caille trouve difficilement à se garnir l’estomac, elle va répétant :
Caille ! caillé !
j’ai un sa (sac), j’ai pas de blé !
Au mois d’août, lorsqu’elle serait à même de faire des provisions, elle chante :
Caille ! cailla
J’ai du blé, j’ai pas d’sa !
D’aucuns, et ce sont d’ordinaire les prêteurs d’argent, affirment que la caille dit tout simplement :
Paie tes dettes !
Paie tes dettes !
Mais les mauvais payeurs ajoutent que le canard alors demande :
Quand ? quand ? quand ?
et que la brebis répond :
Jamais !
La caille, en chantant, répète plus ou moins de fois :
Caille ! cailla !
Or, on prétend que le nombre le plus élevé de ces répétitions indique, à l’avance, le nombre de francs que coûtera, par boisseau, le blé qui est sur terre. »

Les interprétations traditionnelles relevées par Laisnel de la salle ne semblent concerner qu’une région en particulier le Berry. On peut imaginer que chaque région, ou presque, avait son interprétation. Celle qui semble avoir été retenue le plus souvent en France est le fameux « Paye-tes-dettes ». En Angleterre il s’agit de « Wet-my-lips » (mouille mes lèvres) ou de « Wet-my-feet » (mouille mes pieds).

Objets divers et curiosités…

11 mars 2007 at 15 h 40 min

J’ai découvert au fil de mes recherches toute une série d’objets en rapport avec la caille des blés, ou sa chasse. Leur accumulation progressive à conduit à la création de cette rubrique, à mi chemin entre bric à brac et musée virtuel… Objets amusants, insolites, rares (certains d’entre eux sont exposés dans des musées, ou ont été mis aux enchères dans des salles de vente)…
On y trouve désormais de tout: sculptures, bas reliefs, vaisselle décorée, timbres, étiquettes de vin, panneaux indicateurs, carrelages…
Si jamais vous possédez certains objets en rapport avec ce thème, n’hésitez pas à m’envoyer des photos. Je me ferai un plaisir de les insérer!

Chansons traditionnelles

11 mars 2007 at 15 h 40 min

Voici une très jolie chanson populaire, intitulée « La caille ». Comme beaucoup de chansons anciennes, cette dernière à fait l’objet de multiples versions. J’ai consigné ci-dessous deux des versions qui me paraissait les plus abouties.

Ô caille, Ô ma caille, où est ton nid? (bis)
Où est ton nid, la belle, où est ton nid, où est ton nid?

Là bas dans la prairie, près du ruisseau (bis)
Près du ruisseau, la belle, près du ruisseau, près du ruisseau.

Ô caille, Ô ma caille, en quoi est-il? (bis)
En quoi est il, la belle, en quoi est-il, en quoi est-il?

En fines roses blanches, en aubépines (bis)
En aubépines, la belle, en aubépines, en aubépines.

Ô caille, Ô ma caille, qu’y a-t-il dedans? (bis)
Qu’y a-t-il dedans, la belle, qu’y a-t-il dedans, qu’y a-t-il dedans?

Des œufs comme les autres, mais bien luisants (bis)
Mais bien luisants, la belle, mais bien luisants, mais bien luisants.

Ô caille, Ô ma caille, comment sont ils? (bis)
Comment sont ils, la belle, comment sont ils, comment sont ils?

Blancs comme les nuages qui sont au ciel (bis)
Qui sont au ciel, la belle, qui sont au ciel, qui sont au ciel.

Ô caille, Ô ma caille, qui te nourrit? (bis)
Qui te nourrit, la belle, qui te nourrit, qui te nourrit ?

Trois jeunes demoiselles de mon pays (bis)
De mon pays, la belle, de mon pays, de mon pays.

Autre déclinaison de cette même chanson, avec sensiblement la même trame, mais une versification différente « Dis-moi, m’amour la caille »:

Dis-moi, m’amour la caille, où t’as ton nid ? (bis par le choeur)
Où t’as ton nid, m’amour, où t’as ton nid ?

Là-haut sur la montagne, le long d’un ru, (bis par le choeur)
Le long d’un ru, m’amour, le long d’un ru.

Dis-moi, m’amour la caille, de quoi bâti ? (bis par le choeur)
De quoi bâti , m’amour, de quoi bâti ?

De fleur de marjolaine, de romarin, (bis par le choeur)
De romarin, m’amour, de romarin.

Dis-moi, m’amour la caille, de quoi dedans ? (bis par le choeur)
De quoi dedans , m’amour, de quoi dedans ?

Trois oeufs comme les autres, mais plus jolis, (bis par le choeur)
Mais plus jolis, m’amour, mais plus jolis.

Dis-moi, m’amour la caille, sont-ils éclos ? (bis par le choeur)
Sont-ils éclos , m’amour, sont-ils éclos ?

Ecoute dans les bois leur gazouillis, (bis par le choeur)
Leur gazouillis, m’amour, leur gazouillis.

caille commune

Voici une autre chanson populaire, dont l’auteur est anonyme, intitulée « Au chant de l’alouette ». Malgré son titre, il y est question de caille. A noter qu’il existe plusieurs variantes du texte. j’ai choisi celle qui me paraissait être la plus ancienne.
Voici sous forme de vidéo une autre variante chantée par Suleyka, une chanteuse canadienne.

On m’envoie au champ s’est pour y cueillir (bis)
Je n’ai point cueilli, j’ai cherché des nids

Au champ de l’alouette
Je veille et je dors
J’écoute l’alouette
Et puis je m’endors

Je n’ai point cueilli, j’ai cherché des nids (bis)
J’ai trouvé la caille assise sur son nid

Au champ de l’alouette
Je veille et je dors
J’écoute l’alouette
Et puis je m’endors

J’ai trouvé la caille assise sur son nid (bis)
J’lui marché sur l’aile et la lui rompit

Au champ de l’alouette
Je veille et je dors
J’écoute l’alouette
Et puis je m’endors

J’lui marché sur l’aile et la lui rompit (bis)
Elle m’a dit : Pucelle retire-toi d’ici

Au champ de l’alouette
Je veille et je dors
J’écoute l’alouette
Et puis je m’endors

Elle m’a dit : Pucelle retire-toi d’ici (bis)
Je n’suis pas pucelle que j’lui répondis

Au champ de l’alouette  (ter)
Je veille et je dors
J’écoute l’alouette
Et puis je m’endors

boris riab etude de cailles

On retrouve la caille jusque dans certains chants scolaires. Le texte de cette chanson montre la dimension symbolique de l’oiseau dans les campagnes. Le chant des cailles scande le travail des paysans à l’époque des moissons, dont elle est en quelque sorte le symbole. Il faut en effet s’imaginer les oiseaux s’envolant par dizaines sous les pas des faucheurs.
Le texte de la chanson semble basé, comme souvent, sur le caractère répétitif du chant de la caille, et les différentes interprétations qui en sont faites dans les tradition populaires.

Dès l’aurore renaissante, dans ses accents joyeux,
la caille vigilante s’étire vers les cieux;
Ecoutez, elle dit:
Sors du lit, sors du lit, sors du lit, sors du lit!

La caille prévoyante appelle vers midi,
Dans la plaine brulante, le faucheur endormi:
Allons vite au travail, au travail, au travail, au travail, au travail!

Quand la brise légère se fait sentir le soir,
la caille messagère semble dire bonsoir,
en chantant elle dit:
Bonne nuit, bonne nuit, bonne nuit, bonne nuit!

chanson anonyme, Extraite du livret « Douze chants scolaires », Par A. Drouin, Editions Alphonse leduc (début 20eme siècle)

Voici un autre chanson populaire, dont le début au moins semble apparenté à une autre chanson traditionnelle bien connue (« au jardin de mon père »): Elle s’intitule « La Caille » (Chant populaire de Provence)

Au jardin de mon père, l’y a un pin (bis)
l’y a un pin, la dé rin, l’y a un pin

Tous les oiseaux qui chantent y font leur nid (bis)
y font leur nid, la dé r, et la perdrix

Hormis la belle caille et la perdrix (bis)
Et la perdrix, la dé ri, et la perdrix

Oh! Caille, oh! Belle caille Ou est ton nid (bis)
Ou est ton nid, la dé-ri, ou est ton nid?

Pas en haute montagne, dedans le pré (bis)
Ou est ton nid, la dé ré, dedans le pré.

Je prends mon arbalète et vais tirer (bis)
Et vais tirer, la dé ré, et vais tirer

J’ai tiré sur la caille je l’ai blessée (bis)
Je l’ai blessée, la dé ré, je l’ai blessée

O caille, pauvre caille, bien mal t’ai fait (bis)
Bien mal t’ai fait, la dé ré, bien mal t’ai fait

Si je pass’dans la ville on m pendra (bis)
On me pendra, la dé ra, on me pendra

Maurice Genevoix, "Bestiaire sans oubli"

11 mars 2007 at 15 h 39 min

Voici un extrait d’une nouvelle, « La caille », écrite par l’écrivain et membre de l’académie française, Maurice Genevoix (1890-1980) dans son livre « Bestiaire sans oubli » (publié en 1971):

Maurice Genevoix

« Ma première expérience du feu ne m’avait pas beaucoup mûri. C’eût été prématuré: j’avais douze ans, ou guère davantage. J’accompagnais «les chasseurs de Nevers», mon père, mon oncle, un vieil ami qui s’appelait Dargy et leur garde Philibert. Ils louaient, à trois, près de Châteauneuf, une petite chasse de plaine et de bois qui leur faisait de beaux dimanches. Nevers, c’était une ferme au pignon blanc que l’on reconnaissait de loin et qui donnait son nom au finage.
Je trottinais dans leurs foulées, fier au-delà de toute pudeur lorsque le poids d’un grand bouquin faisait peser à mon épaule la courroie de la gibecière. Une caille rappela, fut arrêtée par la chienne de Dargy. Alors presque septuagénaire, incroyablement résistant (il devait, deux ou trois ans plus tard, pédaler à mon côté de Châteauneuf à Joigny, une bonne centaine de kilomètres sur des vélos qui valaient moins qu’un clou), il était myope à ne pas voir le guidon de son fusil à broche.
– A vous, Dargy ! cria mon oncle.
Et mon père aussitôt
– Attention !
La caille s’était levée, de ce vol rasant qu’elles ont, à la hauteur d’une poitrine d’homme. Comme Dargy marchait à l’aile gauche elle avait, d’un crochet rapide, passé la ligne des fusils. Et elle filait maintenant, droit et raide, vers les arrières.
Dargy, à l’appel de mon oncle, s’était retourné brusquement, crosse à l’épaule, fauchant de son double canon. Vit-il la caille ? Entendit-il mon père ? Me vit-il ? Son coup de feu était parti. Je perçus, presque sous mon nez, un petit cliquetis de métal, sentis à l’épaule gauche une menue chiquenaude très sèche.
– Tu n’as rien ?
Les chasseurs accouraient vers moi, Dargy compris, le lorgnon sautillant au bout de son cordonnet. Je n’avais rien, qu’un grain de plomb qui roulait sous la peau. Quelques autres s’étaient aplatis sur le fer de ma bretelle gauche, solides bretelles de ce temps-là, larges d’une demi-paume, bardées de fers aussi robustes que des manoeuvres de marine. La petite caille était loin à présent, le bon Dargy l’avait ratée.
J’en ai gardé une tendresse pour ses soeurs, miniatures de perdrix plus rondes, plus chaudes, couveuses blotties dans un creux de glèbe à la mesure d’une main d’homme. Blondes d’une blondeur d’épis et grivelées de macules, du gris pâle au brun profond, qui les verrait au coeur du champ de blé, entre les hautes pailles balancées, sous leurs ombres aux bougeantes zébrures ? Mais il y a leur collier noir, et leur oeil plus noir encore que le soleil décèle et fait briller.
J’ai vu luire celui des perdrix, surprises la nuit au revers d’un sillon par la lanterne du braconnier. J’ai vu s’y refléter le papillon d’acétylène, une petite étincelle d’angoisse que leurs yeux renvoyaient aux miens, et qui venait me traverser de leur sauvagerie terrifiée. Mais comment dire, au-delà de cette peur, la prière et la douce confiance dont s’illumine ce petit oeil rond, cette goutte d’humeur vitrée enchâssée dans la tête d’une caille ? « Tu peux me livrer à ton chien, tu peux me tuer. Mais je vois que tu me regardes, et je sais que ce n’est plus possible. »
Au Maroc, au bord d’un oued, j’ai revu la caille de Nevers. C’était entre Fès et Larrache. Une eau fraîche coulait dans l’oued. L’herbe était verte sur ses rives. Des hérons pique-boeufs tournaient autour d’un vieil arbre, et s’y posaient, en floraison éblouissante. La caille rappelait, m’attirait vers elle. « Paye-tes-dettes ! Paye-tes-dettes ! » Mais lesquelles ? Je la vis, toute ronde, à mes pieds. En souvenir d’une ferme à pignon blanc, elle m’a conté alors l’histoire du Pâtre aux oiseaux blancs’. Je n’avais plus qu’à l’écouter, à écrire sous sa dictée : c’était payer une dette d’enfance.
Dans un léger bruit d’ailes, elle s’envola, du vol rasant que je lui connaissais, se blottit contre une motte fauve, reprit à petite voix sa chanson au soleil. Quelques dizaines de mètres, à peine soulevée de terre… Et elle avait traversé tant de lieues, se fiant à quels fleuves aériens, guidée par quel instinct merveilleux ? Je la retrouverais l’été, chantant son gentil margottage dans un champ de blé de chez nous, à Nevers, près de la ferme dont les avant-toits abritent les nids des hirondelles.
Migrations, éternels voyages, battements d’un pouls mystérieux qui rythme le décours des années ; chemins de l’eau hantés d’immenses troupeaux marins, remontée des saumons d’hiver, la vie allait, venait, suivait ses voies sur la terre ronde, elle-même par quelle giration emportée ? Des particules tournoyant dans l’atome aux caravaniers du mois d’août, du chant d’une caille à la musique des sphères, le rêve pouvait appareiller. Vers quels abîmes inaccessibles ? Les maîtres mots, les sais-tu, petite caille ? Mais les savent-ils mieux que toi, ceux qui scrutent et mesurent, l’oeil à leur microscope électronique ? Et qui s’approchera le plus près, de celui qui dissèque et raisonne, ou de celui qui saura le mieux lire les secrets de ta prunelle ronde, si ardemment et tendrement vivante, petite caille? »

Riab, groupe de cailles

Chanson paillarde: "La caille"

11 mars 2007 at 15 h 39 min

Voici une chanson paillarde traditionnelle: le sens retenu ici pour le mot caille est celui d’une jolie fille peu farouche…

La caille

1. Voilà ma journée fait’, tidéra
Faut m’aller promener;
En mon chemin rencontre
Une fille à mon gré (bis)

2. La pris par sa main blanch’, tidéra
Au bois je l’ai menée;
Quand ell’ fut dans le bois,
Ell’ s’est mise à pleurer (bis)

3. « Qu’avez-vous donc la bell’, tidéra
Qu’avez-vous à pleurer? »
« Je pleur’ que je suis jeune,
Et je suis en danger » (bis)

4. La pris par sa main blanch’, tidéra
Hors du bois l’ai menée,
Quand ell’ fut hors du bois
Ell’ s’est mise à chanter. (bis)

5. « Qu’avez-vous donc la bell’, tidéra
Qu’avez-vous à chanter? »
« Je chant’ le grand lourdeau
Qu’a pas su m’embrasser. » (bis)

6. « Retournons-y la bell’, tidéra
Au bois vous baiserai »
« Quand tu tenais la caille,
Il fallait la plumer! » (bis) »

On peut remarquer que cette chanson a été déclinée en de multiples versions: dans certaines d’entre elles, le mot caille à été remplacé par poule ou perdrix.

Quelques dictons …

11 mars 2007 at 15 h 38 min

Beaucoup de dictons concernent les animaux, et particulièrement les oiseaux migrateurs (coucou, hirondelle, etc) dont l’arrivée et le départ constituent des points de repères.
La caille de par son abondance était un oiseau  très familier. On peut les imaginer s’envolant par dizaines par les pieds des paysans en train de moissonner… Cet oiseau à fait l’objet de plusieurs dictons que j’ai rassemblés ici:

« A la saint Georges (23 avril), la caille dans l’orge »

« En avril tout oiseau fait son nid, sauf la caille et la perdrix. »

« Au quinze août, le coucou perd son chant ; c’est la caille qui le reprend. »

« A la Saint Barthélemy (24 août), la caille fait son cri. »

« Quand la caille chante, c’est signe de pluie » (dicton Wallon)

« Année de paille, année de caille »

« Plus la caille carcaille, plus chère est la semaille. »

« Caille carcaille: semailles ne vaillent »

Un dernier dicton est cette fois ci consacré à son tir:
« Haut la caille ou rien à faire; sous le ventre c’est la terre. »

gravure caille 19eme siècle