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Pétition contre les chasses de printemps au Maroc

5 février 2009 at 15 h 37 min

Les cailles quittent à partir février l’Afrique Sub-Saharienne, pour entamer leur migration retour vers les pays d’Europe ou elles vont se reproduire au printemps.
Beaucoup de ces oiseaux transitent par le Maroc, passage obligé avant leur traversée vers l’Espagne.
Or, depuis cinq ans environ, les autorités marocaines autorisent la chasse de la caille dès le mois de février sur les zones côtières. Il s’agit plus précisément de la zone de Agadir, Essaouira, Safi, El Jadida. Ces chasses de printemps ont repris sous la pression d’une trentaine de voyagistes de chasse, propriétaire de plus d’un million d’hectares. Des chasses commerciales sont réalisées la bas en dépit de tout bon sens. Les quotas d’une vingtaine d’oiseaux par jour restent théoriques: il n’est pas rare, selon plusieurs sources, que certains touristes chasseurs abattent en réalité jusqu’à une soixantaine de cailles chacun…
A tout cela s’ajoute les chasses réalisées par les populations locales, qui s’avèrent également meurtrières.

Des oiseaux épuisés par leur migration, sont abattus par milliers par de prétendus chasseurs, souvent européens, alors qu’ils sont en chemin vers nos côtes, et surtout avant même qu’ils aient pu se reproduire… On imagine sans peine les conséquences dramatiques que peuvent avoir de telles pratiques, qui menacent directement les effectifs Européens.

-Pour lutter contre ces pratiques il faut tout d’abord sensibiliser les chasseurs européens, clients des voyagistes de chasse Marocains. Il convient d’expliquer que les chasses de printemps sont absolument contraires à l’éthique de la chasse, et qu’elles mettent en danger l’avenir même des populations migratrices.
-Il faut également faire pression sur les autorités Marocaines. Au delà du simple préjudice causé à l’ensemble des chasseurs européens, c’est l’avenir même des cailles des blés migratrices qui est menacé.
Les pollutions génétiques actuellement subies par l’espèce (lâchers cailles japonaises), combinées à ces chasses de printemps, pourraient avoir des effets dramatiques à court et moyen terme.
Les dates d’ouvertures doivent donc être prises de façon responsable, en accord avec l’ensemble des pays ou réside l’espèce.

Je me permet donc d’apporter ma modeste contribution en mettant en ligne une pétition destinée à être envoyée au ministère de l’environnement, mais aussi auprès des autorités Européennes et marocaines.

Rejoignez nous et Signez la pétition… (lien ci-dessous)

http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2012N21939

Introduction

11 janvier 2009 at 8 h 00 min

La caille ne fait pas partie du cercle des oiseaux « mythiques ». Elle reste pour beaucoup de chasseurs un oiseau occasionnel, plus qu’un gibier à part entière. Ce manque d’intérêt se répercute jusque dans la littérature et la presse cynégétique. Les chapitres ou les articles consacrés à la caille sont particulièrement rares, et les informations difficiles à trouver.
Ce manque d’’intérêt est tout à fait injuste. La caille est un gibier qui à des mœoeurs et un cycle migratoire complexe, et sa chasse, lorsqu’elle est effectuée au moyen de chiens d’arrêts, est l’une des plus belle et des plus agréables qui soit.
C’est en partie pour cela que j’ai décidé de créer ce blog. Ma façon de rendre hommage à ce petit gibier, injustement méprisé, et d’essayer de le sortir de son oubli…
La chasse de la caille n’est cependant qu’un des sujets abordés. Plusieurs rubriques concernent la biologie de la caille, sa bibliographie, son histoire, sa symbolique, sa gastronomie… J’ai également essayé, très modestement, de réaliser un travail d’anthologie sur ce thème (textes et gravures).
J’espère donc que certains non chasseurs, ou collectionneurs, y trouveront aussi un intérêt.

Les différents articles sont classés par thème afin d’en faciliter l’accès, et de rendre leur lecture plus cohérente (voir dans la colonne de droite la rubrique « Tags »). Leur nombre étant devenu conséquent, un moteur de recherche permet également de localiser certains mots clefs, et d’accéder ainsi directement aux sujets qui vous intéressent.
Ce site est également le vôtre: n’hésitez pas à formuler des suggestions, ou à me faire part de vos expériences de chasse. Vous pouvez également me faire parvenir des textes, articles, photos d’objets, gravures, concernant la caille et sa chasse.
Toutes les contributions sont les bienvenues!

 

En vous souhaitant à tous la bienvenue et une bonne lecture…

F. Berille, la caille des blés

Les textes, photos, gravures publiés sur ce blog sont destinés à un usage personnel. Ces derniers ne sont pas libres de droits, et leur publication sur internet, ou sur tout autre support, est soumise à l’autorisation de leur auteur.

Concours sur cailles italie 1930

4 avril 2008 at 0 h 24 min

Très jolie vidéo montrant un concours sur cailles en Italie en juin 1930. J’ai aperçu cette dernière sur le site http://forums.bluebelton.com/

A noter que d’autres videos de la même époque sont visibles à partir du lien suivant:
http://forums.bluebelton.com/photos-videos-liens-ici-ailleurs-f135/chiens-chasse-concours-annees-italie-t18975.html?hilit=concours%20cailles#p321064

Généralités sur la biologie de la caille

15 août 2007 at 11 h 05 min

La caille des blés fait partie de l’ordre des galliformes, et de la famille des phasianidés dont elle est le plus petit représentant, et le seul qui soit migrateur. L’espèce est présente sur l’ensemble du territoire français. On la trouve dans presque toute l’Europe, à l’exception de la Scandinavie.
Ce petit oiseau migrateur, de forme ronde, accuse un poids variant entre 90 et 145 grammes environ (selon les moments de l’année) pour une taille de 16 à 19cm. La caille atteint son poids maximal juste avant d’effectuer sa migration. Ces réserves de graisse lui permettent d’entreprendre son voyage. Son plumage est brun strillé. Un dimorphisme sexuel assez discret existe entre le mâle et la femelle.
Dès la mi février, les cailles entreprennent par étape leur migration retour à partir des différents sites d’hivernage africains. Les oiseaux nichant en France franchissent le détroit de Gibraltar, puis les pyrénées.
Elles commencent à arriver en France à partir du mois d’avril et vont dans les champs de céréales encore verts. A partir du mois de mai, dès que les mâles ont établis leurs territoires, on commence à entendre leur chant caractéristique destiné à attirer les femelles. Ces derniers défendent leurs territoires contre leurs rivaux.

caille des blés

C’est la femelle qui choisit le mâle d’après la qualité de son chant. Après la fin de la ponte, le mâle quitte la femelle, et se dirige de façon erratique vers de nouveaux territoires, à la recherche de nouvelles femelles.
Les femelles nichent dans les friches et les champs de céréales à partir de la mi-mai. Elle pondent dans une légère dépression située sur le sol 10 à 12 œufs qu’elle couveront pendant 17 jours en moyenne. A peine éclos, les petits suivent leur mère. La croissance des cailleteaux est rapide. Ces derniers sont déjà capables dès l’âge de 11 jours de s’enfuir en voletant. Ils volent normalement dès l’âge de 20 jours, et sont totalement indépendants à 1 mois. Ces derniers sont capable d’entreprendre la migration retour vers les sites d’hivernage de l’Afrique dès l’âge de deux à trois mois.
La migration retour débute à partir du 15 août et et se poursuit durant le mois de septembre, jusque début octobre, lorsque le temps est favorable.
La caille se nourrit très majoritairement de petites graines de plantes adventices, d’insectes et de céréales tombées au sol. Cet infatigable oiseau pieteur parcours inlassablement les chaumes à leur recherche. Les jeunes cailleteaux quant à eux consomment beaucoup d’insectes dans les premiers jours de leur vie, puis rapidement de petites graines.

L’estimation des populations de cailles des blés est sujette à caution. Selon l’association Birdlife International, le nombre de couples nichant en France serait compris entre 50 000 et 200 000 (2.8 à 4.7 millions de couples pour l’ensemble de l’Europe). Le CNRS estime pour sa part que le nombre de mâles chanteurs dans l’ensemble de l’Eurasie se situe dans une fourchette de 3,75 à 7,25 millions.
Bien que le nombre d’oiseaux puisse varier fortement d’une année sur l’autre, on remarquera au passage la totale imprécision de ces chiffres.
Une étude internationale conduite entre 2006 et 2009 dans plusieurs pays (Maroc, Portugal, Espagne, France) et coordonnée pour sa partie française, par l’IMPCF (1) semble apporter de nouveaux éléments. Elle démontre que la méthode de comptage utilisée jusqu’ici par Birdlife International (comptage réalisés uniquement à partir des mâles chanteurs) est en fait totalement inadaptée à l’espèce, car elle ne prend pas en compte le renouvellement des mâles chanteurs sur un même site. Birdlife compte un seul oiseau, lorsqu’en réalité ce sont plusieurs mâles bien distincts qui se succèdent sur une même place, comme l’ont démontré les captures. Les effectifs pourraient être en réalité jusqu’à 8 à 10 fois supérieurs aux estimations de birdlife, décidément bien peu scientifiques.
A suivre…
(1) IMPCF: Institut Méditerranéen du Patrimoine Cynégétique et Faunistique

Débuts

15 juin 2007 at 22 h 26 min

Voici un très joli récit extrait du livre « émotions de chasse » de Jean de Witt (publié en 1941). Dans ce court chapitre intitulé « Débuts », il décrit ses premiers pas en tant que jeune chasseur et nous livre le récit de sa première ouverture. On notera au passage les magnifiques dessins de Joseph Oberthur qui illustrent ce chapitre.

Pluton à l'arrêt sur cailles

« Je me suis couché tout habillé, à seize ans, le 14 août 1903. Mon premier complet de chasse me paraissait aussi beau que mon permis, que mes gros souliers de marche et que les guêtres jaunes dont mon père m’avait adorné (1) pour ma première ouverture. Ce jour me parait lointain, et cependant il est d’hier. Les souvenirs qui nous sont chers savent prendre leur place dans le cœur et dans l’esprit comme s’ils étaient d’aujourd’hui même.
Je me souviens avec précision de cette ouverture à Morin, de cette nuit où, dans mes rêves, des lièvres gros comme des éléphants me réveillaient en sursaut, où le départ d’une compagnie de perdreaux me faisait bondir au bruit métallique de son envol brutal, où les cailles, en contre-partie, me berçaient de leur chant de trois notes, plus énervant que poétique. Cinq fois dans la nuit, je me levais pour constater que les étoiles luisaient encore au ciel, que la nuit était légère et que le grillon de ma chambre continuait son éternelle chanson. Il faisait chaud. Je regardai mon petit fusil calibre 20. Je me recouchai en songeant aux chaumes dorés, à l’odeur de la poudre noire, à l’arrêt du chien Pluton qui, demain, devait me donner tant d’émotions.
Mais il était 2 heures du matin, et je n’avais jamais été soumis à veillée aussi prolongée. Je m’endormis pesamment, avec ce sentiment que le fusil était là dans le coin de ma chambre. Mes souliers neufs enserraient les jeunes pieds de mes seize ans, j’avais cette certitude reposante: les cailles de la plaine de Truquet, que « je connaissais », m’attendraient jusqu’à mon passage à leurs côtés. A 5 heures je me réveillai. Ce fut un des plus beaux moments de ma vie. Tout équipé, je bondis de mon lit, et, au détriment de tous les dormeurs de la maison, je descendis l’escalier de trente-deux marches, appuyant lourdement, comme il se doit, sur mes premières bottes de chasse, jusqu’au rez-de-chaussée où je rejoignis mon père qui partait, sans émotion, pour ma « première ouverture ».
L’arrivée de Cloto, notre « chasseur », et de son chien Pluton, n’interrompit pas le calme déjeuner paternel. J’étais très nerveux, je l’avoue. Les petites cailles auraient-elles la bonté de nous attendre?
Nous étions partis vers la plaine, que le soleil rendait magnifique. Tout paraissait baigné de vapeurs légères roses et dorées. Les teintes vertes des arbres avaient des tonalités inouïes de variétés. En pénétrant dans les premiers chaumes, tout me parut éclatant de vie intense. J’eus cette impression que chaque pas vers une touffe plus haute que les autres, vers un rang de mil ou de sainfoin plus jaune ou plus vert, devait abriter le gibier pourchassé.
Mon imagination travaillait. Pluton, après dix minutes de quête, s’arrête brusquement en une attitude tremblante qui indique bien nettement que le gibier glisse, se faufile, en un admirable mimétisme, sous le nez subtil du chien. celui ci rampe, s’arrête, me regarde de côté d’un œil tendre. Un petit rang de vigne, des herbes légères. Je m’efforce de découvrir le gibier. Je ne vois rien. Comme ceux de Pluton, mes nerfs de tendent. Nous voici au bout du Sillon. Le chien devient anxieux. Moi aussi. Au ras du sol une caille se lève. Un petit sifflement léger et la voici, les ailles courbes, qui s’envole à travers la plaine, se confondant avec teintes d’alentour. Je tire précipitamment mes deux coups, avec cette précoce certitude de la réussite qu’ont tous les tireurs de seize ans. Manquée! Mes instructeurs avaient eu la bonté de me laisser tirer le premier. Cloto la manque et mon père tire de loin. Elle tombe. C’était la un début de chasse qui devait, tout en me permettant de jouir d’une petite gloire familiale, me rendre très humble dans l’exercice du tir de chasse…
Mon père, je m’en souviens, se retourna vers son chasseur:
– Eh quoi! Vous qui êtes si bon fusil sur les cailles, vous manquez celle-ci partie si près de vous! Vous avez encore fait des excès hier soir!
Et Cloto, qui était un bon tireur, dit à mon père simplement:
-Eh! mon dieu! monsieur j’aime tant la chasse que je n’ai pu m’empêcher, la veille de l’ouverture, de jouer un peu à la manille. J’ai bu quelques cafés, trois pernods et trois verres de fine. Peu de chose! Mais, après, on pense tellement à la chasse qu’on dort moins bien. Et je m’en ressens.
Après ces mots, qui devaient marquer la première ouverture d’une phrase définitive, la matinée fut meilleure. Les cailles suivantes, arrêtées impeccablement par Pluton, furent tirées avec élégance par mon père et par Cloto qui avait repris son aplomb. A l’heure du déjeuner, il y avait quinze cailles au tableau, et ce n’était pas mal. La quinzième avait été tuée par moi, et j’en conserverai toute ma vie une grande honte. Elle avait été tirée presque sous le nez de Pluton et, à cette faible distance, elle avait éclaté sous la charge. Je puis vous assurer que la vision de ma première caille a poursuivi ma vie de chasseur. Ce piteux exploit, dont je n’ai jamais parlé à personne, m’a rendu odieux l’assassinat et m’a appris qu’il y avait autre chose dans la chasse que l’attrait du gibier malheureux que l’ont doit tuer.
J’ai compris ce jour-là, que la beauté du sport et de la poursuite devait faire naître le goût de la difficulté, et que la facilité à ,la chasse ne devait pas être recherchée. C’est pour cela que j’ai tant aimé la sauvagine! »

(1)Adorné: orné, décoré, embelli

Pluton au rapport

Petites particularités de sa chasse…

15 juin 2007 at 21 h 32 min

C’est, selon moi, la chasse par excellence pour l’amateur de chiens d’arrêts.
Le chasseur progresse dans les chaumes, tout en admirant ses chiens en train de quêter. C’est le contraire même de la chasse à la bécasse ou l’on devine le travail du chien plus qu’on ne le voit vraiment….
La chasse de la caille, c’est avant tout le plaisir des yeux. Ici aucun obstacle pour gêner le regard du chasseur, qui ne rate pas une miette du spectacle. C’est une chasse plaisir, qui rappelle dans les zones ou la caille est encore abondante, ce que furent les chasses d’autrefois sur un gibier encore authentique et sauvage. Pas besoin de courir les remises: tout est là à portée de main dans un même champ. Sous les yeux de leurs propriétaires les chien multiplient les arrêts, les patrons. Un plaisir qui se renouvelle sans cesse…
Les esprits chagrins diront que ce n’est pas la chasse la plus difficile, et c’est vrai qu’il y a beaucoup d’oiseaux mythiques plus difficiles à tirer. Comme s’il n’y avait de plaisir qu’à chasser dans la difficulté, au milieu des broussailles impénétrables et sous les pluies de décembre…
Jean Castaing écrit: « S’il est en effet des gibiers qui se tirent plus qu’ils ne se chassent, plaçant presque tout le plaisir du chasseur dans le coup de fusil, la caille est par contre de ceux dont la chasse proprement dite, c’est à dire sa recherche et sa découverte, donne plus de joie que le tir (…). »
Chasser la caille, c’est une sorte de récréation pour chasseurs hédonistes, dans un monde cynégétique de plus en plus gris, ou l’on est pas sûr de lever un oiseau à chaque sortie.

lithographie de A godard

Par bien des aspects, la chasse de la caille à son originalité propre, et ne ressemble pas forcément à celle d’autre gibier.
Cela est différent par exemple de la chasse des perdreaux gris, ou du faisan, ou après le passage du chien on considère le terrain comme exploré…
On doit laisser les chiens prospecter calmement le terrain. Ces derniers doivent effectuer plusieurs passages afin de trouver les oiseaux. Comme d’autres gallinacés, les cailles sont capables de rétention d’odeur. A cela s’ajoute la chaleur qui ne facilite pas les choses, car les odeurs s’évanouissent rapidement.
Il faut donc progresser lentement, méthodiquement et parcourir une, ou même deux heures durant le même champ lorsqu’il s’agit d’un chaume assez vaste.
Même en agissant comme cela, et aussi bon que soit le chien, on laisse presque fatalement des cailles derrière soi.
Ne pas hésiter à repasser quelques dizaines de minutes plus tard dans un même champ suite à une petite averse qui a soudain rafraîchi le terrain.
Le rôle des chiens, autant que celui de la météo est déterminant. On peut passer avec un mauvais chien dans un champ littéralement infesté de cailles sans qu’il en arrête une. Un très bon chien peut également échouer pour peu que les conditions météo ne soient pas favorables.
Le résultat dans les deux cas est le même: les cailles s’envolent par vos pieds…
Les meilleures heures se situent les jours de grosses chaleur du mois d’août et de septembre, entre sept heures et huit heures trente. Vers 09 heures, avec la montée de la chaleur et la disparition de la rosée, les conditions déclinent… Autant rentrer.
Vers 19 heures, on peut effectuer une autre tentative avec la fraîcheur du soir. Les conditions sont souvent moins favorables que le matin, qui reste le meilleur moment.

Une caille chirurgienne?

15 juin 2007 at 21 h 31 min

Tout le monde a entendu parler des bécasses chirurgiennes, ces oiseaux qui se posent (ou se font poser) des emplâtres sur leurs pattes blessées.
Voici une anecdote savoureuse, concernant cette fois ci une caille, parue dans un numéro du Chasseur Français datant de Novembre 1930:

« Une caille bricoleuse »

« A l’ouverture de 1923, un ami me fit remettre une caille. La caille était grassouillette, exquise, comme se doit. Quelle fut ma surprise en voyant ses pattes. Toutes deux avaient été sectionnées au-dessus de l’articulation du « coude » , à la même hauteur, probablement par une faucheuse.
La petite bête avait ajouté à ce qui lui restait de ses membres une tige d’égale longueur, à peu près de même épaisseur, fabriquée avec une argile durcie à la chaleur, terminée chacune par un petit cône, la base
reposant sur le sol, le sommet soudé à la tige.
Donc, la caille avait choisi la matière pour fabriquer ces deux
tiges, en avait égalisé le diamètre et la longueur, avait fabriqué un
mortier, l’avait exposée au soleil pour qu’elle séchât et durcît,
l’avait terminée par une base conique sur laquelle on pouvait voir
les petits coups de bec pour en lisser la surface.
Et avait vécu sautillant ainsi jusqu’au jour où un chasseur
l’eût guérie de ses infirmités. »

La lecture de cette très jolie anecdote, presque un peu trop belle pour être vraie, m’avait laissé quelque peu dubitatif sur le moment. Cette dernière date de 1923 (près de 90 ans!), s’avère absolument unique car aucun autre cas de cette sorte n’a jamais été porté à ma connaissance pour cette espèce, malgré les nombreux articles que j’ai pu lire.
On peut observer enfin que la caille citée a été prélevée par un ami, et non le narrateur lui même, et qu’un canular ne peut être exclu. Une caille qui se fabrique des prothèses!!! Allons donc…

J’ai reçu voici quelques jours un courriel de Michel Duval, chasseur et adhérent de l’ANCC. Ce dernier m’a envoyé une série de photos particulièrement intéressantes que je vous fais partager ci-joint.
Il a prélevé fin septembre 2014 une caille femelle, porteuse au niveau de l’une de ses cuisses d’une sorte d’emplâtre essentiellement composé de plumes arrachées.

Sous l’emplâtre, il a constaté qu’il y avait une plaie très propre en voie de cicatrisation. Le secteur ou l’oiseau à été prélevé n’avait pas encore été chassé cette année. La cause éventuelle de cette blessure demeure donc totalement inconnue.
Cette caille pesait 115 grammes, ce qui est un poids tout à fait respectable: cela semble indiquer un oiseau en cours d’engraissement, et qui ne souffrait pas.

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La série de photos ci-dessous montrent sous plusieurs angles l’emplâtre. Les plumes qui le composent ont été manifestement arrachées et semblent agglomérées avec une substance jaunâtre, difficilement identifiable.

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Cela pose plusieurs problèmes: Est ce que l’oiseau s’est apposé lui même l’emplâtre? A t’il eu recours à l’assistance d’un autre oiseau pour réaliser les soins?
Il serait sans doute impropre de parler de caille chirurgienne, mais peut être peut on parler au moins dans ce cas la de caille infirmière, comme le dit joliment Michel Duval.

Ces photos ont réveillé en moi d’anciens souvenirs. Je me suis notamment rappelé avoir prélevé voici un peu plus d’une dizaine d’année une caille porteuse d’un emplâtre similaire sur le haut de sa cuisse. Ce qui m’avait le plus intrigué, c’était la découverte au dessous d’une plaie relativement fraiche (une trace de plomb) qui paraissait cependant très propre. Par manque d’information, je n’avais pas su faire la relation. Quand bien même, a qui en aurais-je fait part?
Ces emplâtres sont adaptés à la taille des cailles, et donc forcément de petite taille. Il est très facile de passer à côté lorsqu’on n’y est pas sensibilisé. C’est un des objets de ce petit article: informer les chasseurs afin qu’en cas de capture d’oiseaux porteurs d’emplâtres similaires ils pensent à prendre un maximum de photos, à peser l’oiseau prélevé, voire dans l’idéal à conserver l’emplâtre.
En cas de découverte, n’hésitez surtout pas à me contacter: caille.des.bles@gmail.com

Les lâchers de cailles, c’est interdit!

15 juin 2007 at 21 h 30 min

Il faut le rappeler: l’élevage, la détention, et la commercialisation de la caille des blés, considérée comme gibier de passage, sont strictement interdit en France (cf. arrêtés ministériels des 28/02/1962 modifié pour l’élevage, 17/04/1981 modifié, 20/12/1983 modifié et 12/08/1994 pour la commercialisation).
De même, la caille japonaise (la caille de chair que l’on trouve dans les marchés et sur les étals) ne doit pas faire l’objet d’actes de chasse ou de lâchers (art.L411-3 du code de l’environnement).
Cette interdiction est due au risque de croisements entre les cailles japonaises et les cailles de blés sauvages, pouvant aboutir à terme à la disparition des cailles migratrices (voir article « Cailles japonaises: les dangers de l’hybridation », rubrique « Quelques mots sur sa chasse »).

Les chasseurs qui enfreignent cette réglementation et qui utilisent des cailles japonaises, ou des hybrides, comme cailles de tir encourent des poursuites judiciaires.
La caille japonaise n’appartenant pas à la liste des oiseaux considérés comme gibiers, le simple fait de la chasser peut être être considéré comme un mauvais traitement, ou même un acte de cruauté envers un animal domestique.

De nos jours, il est encore quasi systématique de voir des dresseurs professionnels utiliser, en toute illégalité, des cailles pour le dressage des chiens (elles sont bien souvent importées d’Espagne, ou l’élevage des cailles de tir reste malheureusement, autorisé).
Ne parlons pas des chasses commerciales qui, sous prétexte que leur terrains sont clos, continuent de pratiquer, en toute illégalité, des lâchers de « cailles de tir » (en réalité des hybrides).

Faites un geste pour les cailles sauvages: n’achetez pas ces pseudos cailles de tir, et surtout, n’en relâchez jamais dans la nature.
Il n’y a pas d’erreur possible:Les lâchers de cailles, quels qu’ils soient, sont strictement interdits!

Georges Clemenceau

15 juin 2007 at 21 h 25 min

Georges Benjamin Clemenceau (1841-1829) était un journaliste, écrivain et homme politique français.

Portrait de Georges Clemenceau

Il fut successivement député, président du conseil, ministre de l’intérieur. Il créera d’ailleurs les célèbres « brigades du tigre » (son surnom à l’assemblée nationale, et embryon de la future Police judiciaire Française). Ce dernier a également exercé les fonctions de ministre de la guerre pendant la première guerre mondiale, et fut l’un des principaux artisans de la victoire Française, ce qui lui valut le surnom de « père la victoire ».
On peut s’étonner de la présence du grand homme, surtout connu pour sa brillante carrière politique, dans cette rubrique consacrée aux anecdotes de chasse. C’est oublier que ce dernier était également un journaliste et un écrivain de talent, chasseur à ses heures.
En 1893, Clemenceau, battu aux élections législatives du Var, connait une traversée du désert de quelques années. Il mettra à profit ce passage à vide politique pour reprendre ses activités de journaliste et d’écrivain.
Le texte ci-dessous a été publié durant cette période, en 1896, dans « Le grand Pan » et relate une partie de chasse en Provence.
« Marignane est un joli village du canton des Martigues, près de l’étang de Berre. (…) En allant faire campagne pour Camille Pelletan, je m’étais fait des amis dans ce coin de soleil. L’un d’eux, qui vit encore, j’espère bien, s’appelait Dupin, dit le Terrible. Ce Terrible, homme excellent qui cachait sa douceur au plus épais d’une barbe enflammée, avait un gendre armurier à Marseille, homme de sport. Nous causons fusil, et me voila invité à venir chasser dans la caillère vaste étendue d’herbages piquée de poteaux au sommet desquels, dans une petite cage, une caille aveugle invite ses camarades à une périlleuse causerie.
-Combien faut-il de cartouches? Demandai-je.
-Trois cents, fit l’homme du midi, d’un ton tranquille.
Au jour dit, j’arrive de Paris avec mes trois cent cartouches et mon chien.
Dès le petit jour, nous sommes en route. On cause le long du chemin.
-Ainsi je vais tirer mes trois cent cartouches.
-Je ne dis pas cela, fit l’autre, mais nous tuerions cent cailles que je n’en serais pas surpris.
Nous étions douze. Je me mis à calculer combien cela m’en ferait pour ma part.
Survint un autre chasseur.
-Le vent n’est pas bon…Enfin, une cinquantaine, ce n’est pas beaucoup.
Assez déconfit, je recommençai mon calcul.
-Qui sait, fit une autre voix, nous en trouverons, peut être…
Il fallait voir ma figure.
Nous arrivions à la porte de la caillère. Pendant qu’on ouvrait la barrière, un cri: « Tirez! Tirez! Tirez donc! » C’est à moi qu’on s’adresse. J’ai mon fusil en main, je regarde partout, je ne vois rien.

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Tout le monde me crie de tirer. J’écarquille les yeux. Vains efforts. Dix coups de fusil éclatent en même temps. Sur le fil de fer du télégraphe une hirondelle était perchée. Vous devinez son destin.
Enfin la chasse commence… Au bout de quatre heures, je n’avais pas vu un papillon.
Tout à coup, à l’entrée d’un bosquet, une table merveilleusement servie. Tous les fruits du Midi, la plus belle eau des fontaines, de la glace, du gibier enfin… mais cuit… Il faudrait toute une chronique pour dire cette étonnante lippée.
Le dessert finissait. On allumait les cigares. Un coup de fusil, je me retourne. Une assiette lancée par un chasseur volait en éclat au-dessus de ma tête. Une autre suivit, puis une bouteille, puis un verre, puis dix. Tout ce qui se trouvait sur la table y passa. Je n’ai pas souvenir d’une aussi belle pétarade.
Etendu sur l’herbe, au frais, je jouissais du ciel bleu. Quand il ne resta plus rien, on vint me dire qu’on se remettait en chasse. Mais je me trouvais bien. Je déclarai que je ne bougeais plus. Voila mes gens partis, puis revenus au bout d’un quart d’heure. Ils ont trouvé une caille. Il faut que je la tue. Je vais à l’endroit indiqué. Mon chien tombe à l’arrêt, et, le coup parti, va chercher la bête. Ce fut un triomphe, un délire, une fête de tout le jour.
Le lendemain les journaux de Marseille annonçaient que j’avais fait un massacre de cailles, et célébraient hyperboliquement mon adresse.
(…) Mais je n’ai pas fini mon histoire.
Deux ans après, l’armurier de Marseille, le gendre de Terrible, m’apprit confidentiellement que la caille de Marignane, dont j’étais si fier, était un appelant aveugle qu’on avait ôté de sa cage pour m’empêcher de rentrer bredouille.
Midi! Midi! Voila de tes coups! »

Quelques ruses…

15 juin 2007 at 21 h 25 min

La saison de la chasse de la caille est très brève. C’est une chasse d’été qui ne dure que l’espace de quelques semaines, le temps de la migration, entre la fin du mois d’août, et le début du mois d’octobre. La chaleur est souvent présente à cette période de l’année et rend particulièrement difficile le travail des chiens. Ils éprouvent souvent de grandes difficultés à localiser des oiseaux de petite taille sur les sols secs.
Les deux principaux moyens de défense des cailles face aux chiens d’arrêts consistent à piéter ou à se blottir. Elle courent entre les rangées d’herbes, dans lesquelles elles laissent leur odeur, tout en entrelaçant leur piste afin de désorienter les chiens. Il n’est pas rare qu’elles tournent autour d’eux, et même parfois autour du chasseur. La caille ne s’envole qu’en dernier recours, quand on s’y attend le moins…
En introduction du chapitre sur la caille des blés, dans l’ouvrage « Anthologie du petit gibier », Jean Jacques Brochier écrit à ce sujet: « La caille ruse, tourne, piète, revient, se coule dans l’herbe verte (…), et le chien le plus patient finit, parfois, par se lasser. Il faut des chiens d’arrêt qui chassent nez au vent; s’ils suivent à la trace, ils deviendront fous au milieu de tous ces lacets. J’ai vu une fois une caille, qui avait plusieurs détours d’avance sur le chien, lui passer entre les pattes, sous le ventre, sans qu’il s’en rende compte, tout obsédé qu’il était à débrouiller l’écheveau. »
Une fois bloquées, elles tiennent généralement bien l’arrêt. Celui ci peut d’ailleurs durer plusieurs minutes (contrairement a certaines inepties que l’on peut entendre -ou lire- ici ou la..).
Même à l’arrêt des chiens, il est difficile de les distinguer au sol en raison de l’excellent mimétisme de leur plumage.

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Elles mettent quelquefois ce temps à profit pour tenter de s’échapper. Souvent après avoir couru 15 ou 20 mètres, elles se lèvent brusquement. Le temps d’épauler, les voici presque hors de portée…
Elles se lèvent seules, parfois en groupe (souvent des nichées). Leur vol est généralement assez bas et rectiligne. Elles ne dédaignent pas à l’occasion faire de petits crochets, surtout lorsqu’il y a du vent.
Une fois levées, elle vont se réfugier habituellement dans les récoltes qui jouxtent le champ ou elles se trouvent (tournesol, mais, etc..). Il est parfois assez difficile à cause de cela de les relever.
Les cailles effectuent à l’occasion des « sauts de crapaud » tout comme les bécasses. Il s’agit de petites envolées « tactiques » et silencieuses. Cela se produit le plus souvent lorsque le chien est occupé à démêler leur piste dans les herbes, et que son attention est attirée ailleurs. La caille en profite pour se lever en voletant, et va se poser sans bruit, quelques mètres plus loin pour l’égarer.
J’ai constaté à plusieurs reprises que les cailles sédentaires de fin de saison, qui avaient été maintes fois levées (et ratées), devenaient de plus en plus difficiles à chasser. Elles finissaient par se lever seules, plus de cinquante mètres devant les chiens, rien qu’à leur seul bruit, ou à celui des chasseurs,(et donc largement hors de portée de tir). Ces perdrix sauvages miniatures avaient sans doute compris que leur seul moyen de salut était la fuite…