Pline l’ancien, L’histoire Naturelle

14 mars 2007 at 10 h 54 min

Pline l’ancien (23 après JC – 79 après JC) était un écrivain et naturaliste Romain.
Ce dernier est l’auteur d’une gigantesque encyclopédie en 37 volumes intitulée « L’ Histoire Naturelle ».

Pline l 'ancien

Pline parle de la caille dans le livre 10, chapitre 33.
On sent ce dernier très influencé par l’histoire naturelle d’Aristote. Il reprend en effet, pour l’essentiel, les affirmations de ce dernier.
Quelques passages différent cependant. Parlant de la migration des cailles, Pline affirme qu’elle peuvent constituer un danger pour les navires.
« Elles n’en viennent pas moins de la même façon sur leurs ailes, non sans danger pour les navigateurs quand elles approchent de la terre, car il arrive à la volée entière de s’abattre sur les voiles (et cela toujours de nuit) et de submerger le bâtiment. »
L’affirmation de Pline concernant des navires coulés par des cailles est bien évidemment extravagante. Elle a cependant une petite part de vérité. De nombreux auteurs attestent que lorsque les cailles sont surprises par un vent contraire alors qu’elles traversent la mer, ou trop épuisées, ces dernières se posent en masse sur des navires.
Plus loin ce dernier écrit également « C’est donc avec l’aquilon qu’elles volent, ayant pour chef l’ortygomètre (La mère des cailles. L’auteur fait allusion au râle des genêts). La première qui approche de terre est enlevée par l’épervier. »
Pline fait allusion à une croyance selon laquelle le premier oiseau en tête de la migration est pris systématiquement par l’épervier, et que pour cette raison, les cailles choisissent pour chef le râle des genêts, qui est réputé prendre la tête de leur migration (ce qu’affirme également Aristote).
Le râle des genêts ne joue aucun rôle dans la migration des cailles, et l’on pourrait se contenter de sourire de cette légende d’oiseaux prédateurs attendant les cailles. Elle comporte cependant une part de vérité.
Un article en date du 17/04/1875 publié dans « le monde illustré » et intitulé « Braconnage sur l’îlot des Freirets » montre comment des braconnier se rendent sur des îlot situés au large de Toulon. Sur ces derniers, les cailles s’abattent en masse épuisées par la traversée de la méditerranée. Elle sont alors attaquées par plusieurs faucons venus les attendre. Ces derniers ont pris l’habitude de venir chasser sur l’ilôt au moment de la migration des cailles. Les braconniers en profitent alors pour ramasser les cailles par centaines.
Ce texte montre bien que l’arrivée massive d’oiseaux épuisés attire forcément les prédateurs, et il est probable que les pêcheurs grecs et romains aient pu voir eux aussi des scènes de ce type.
Plus loin encore Pline écrit: « Si le vent contrarie la marche de la troupe, ces oiseaux lestent leur vol en prenant des pierres un peu pesantes, ou en se remplissant le gosier de sable. »
Pline part d’une observation réelle: les cailles absorbent de petits cailloux que l’on retrouve dans leur jabot. Partant de ce fait, Pline extrapole et en déduit que si les cailles ont des cailloux dans leur estomac, c’est pour se lester face au vent.
En réalité, les cailles ont l’habitude d’ingérer des petits cailloux, ou grains de sable, (comme beaucoup d’oiseaux granivores) avec leur nourriture, ce qui explique leur présence dans le jabot. Ces cailloux jouent un rôle dans le broyage des graines et leur digestion..
Dans un autre paragraphe il écrit « Les cailles se plaisent surtout à manger la graine d’une plante venimeuse; aussi les a t’on bannies des tables. Ce qui excite aussi contre elles de la répugnance, c’est l’épilepsie à laquelle elles sont seules, avec l’homme, sujettes parmi les animaux. »
Les empoisonnements causés par la consommation de cailles sauvages sont connus sous le nom de coturnisme. Ils consistent en des douleurs musculaires, vomissements, paralysies, le plus souvent temporaires (deux à trois jours). On à longtemps cru (jusqu’au début des années 80) que les cailles consommaient des graines de ciguë, et que cela était la cause des empoisonnements.
Certains chercheurs remettent aujourd’hui en doute cette théorie, et plusieurs hypothèses sont actuellement envisagées sans qu’aucune soit démontrées à ce jour (voir article: « le coturnisme (ou la revanche des cailles?)« , rubrique gastronomie).
Il est probable que des accidents semblables se sont produits dans l’antiquité, ou la consommation de cailles était très courante, d’où l’affirmation de Pline.

Il affirme plus loin (cf 44.4) que les perdrix, mais aussi les cailles mâles, se battent, et que le vaincu sert de femelle au vainqueur. Il précise que les oiseleurs capturent facilement ces oiseaux au moyen d’appelants. Il affirme enfin que les perdrix femelles (et probablement les cailles) seraient fécondées par l’action du vent, ou même de la seule voix du mâle.

L’intégralité de l’ouvrage de « l’histoire Naturelle » de Pline est disponible en ligne. Le lien ci dessous vous permettra d’accéder directement au chapitre concernant la caille (livre 10):
http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre10.htm