Pluie miraculeuse
Il y a une vingtaine dannées environ, vers le début du mois de septembre, je chassais dans un chaume de blé situé non loin de la ferme familiale. Javais amené avec moi Dyane, une femelle setter anglais très expérimentée. Cétait une fin daprès midi chaude et orageuse. Les sols étaient encore particulièrement desséchés et ne facilitaient pas le travail des chiens.
Après deux heures dinspection méthodique, et beaucoup defforts nous nétions parvenus à lever en tout et pour tout que trois ou quatre cailles dans un grand champ dune dizaine dhectares. Je navais pas été très adroit ce jour la, et le carnier nétait pas bien lourd
Le ciel orageux sobscurcissait de plus en plus et les premières gouttes de pluie commençaient à tomber autour de moi. Fin dété oblige, je navais quun simple tee-shirt sur les épaules. Je me dirigeais aussitôt vers le fond du champ afin de regagner la ferme.
Alors quune fine bruine commençait à tomber, je vis Dyane prendre une pose darrêt. Alors que je mapprochais delle, une caille se leva que je mempressais aussitôt de tirer. La bruine redoublait, et à peine avais je ramassé la caille que dyane retomba à larrêt quelques mètres plus loin. Deux cailles se levèrent cette fois. Nouveau tir, et à peine quelques secondes plus tard, nouvel arrêt de la chienne… Chaque fois que je faisais mine de quitter le champ pour aller me mettre à labri, dyane trouvait dautres oiseaux. Cétait à ny rien comprendre: des cailles surgissaient de partout, dans des endroits que nous venions pourtant dexplorer méthodiquement quelques minutes auparavant. La chienne elle-même semblait prise de frénésie devant cette abondance de gibier. Le tir nétait pas des plus aisés : les verres de mes lunettes étaient couverts de gouttelettes deau et je ny voyais pas grand-chose
A ma grande surprise je vis même se lever plusieurs couvées complètes de 4 ou 5 oiseaux. Le summum fut atteint lorsque je dus sauver des crocs de ma chienne une dizaine de jeunes cailleteaux, à peine âgés de deux ou trois jours , quelle arrêta presque à mes pieds. Trempé, et presque à court de cartouches, je finis enfin par quitter le champ.
Tout cela me laissa quelques temps perplexe
Je parlais de cet épisode avec dautres chasseurs des environs. Certains affirmaient quun passage de cailles avait dû se poser dans le champ avec la pluie. Jobjectais que les cailles migrent habituellement la nuit, et que tout cela sétait passé au grand jour : aucune volée de caille navait pu se poser à mon insu dans le champ. De plus, comme expliquer les couvées de cailleteaux, incapables de migrer? Selon moi, la pluie fine et régulière avait tout simplement transformé en lespace de quelques instants des conditions de chasse difficiles en conditions purement idéales, aussi bien en matière de température que dhygrométrie. Javais juste eu la chance dêtre la au bon moment
Cet épisode me rendit beaucoup plus modeste sur les réelles capacités de nos chiens darrêt à évaluer la population de cailles dun territoire donné. Laction combinée de la chaleur, de la sécheresse, rendent parfois le travail des chiens très difficile et aléatoire. Les cailles que nous levons ne sont bien souvent que la partie émergée de liceberg
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